Introduction
L’histoire de la Martinique, île située dans les Caraïbes, reflète une richesse complexe issue d’événements historiques majeurs, allant des civilisations précolombiennes à son statut actuel de région ultrapériphérique de l’Union européenne.
Fortement marquée par des siècles de colonisation, d’esclavage, de luttes pour la liberté et de métissage culturel, elle offre aujourd’hui une identité unique, fruit d’influences diverses. Ce récit retrace, dans une perspective chronologique, les moments décisifs de l’histoire martiniquaise en intégrant les questions identitaires, politiques et culturelles contemporaines.

Frise chronologique approfondie sur l’histoire de la Martinique
- Avant 1500 : Présence des premiers habitants amérindiens (Arawaks puis Caraïbes).
- 1502 : Découverte de l’île par Christophe Colomb.
- 1635 : Fondation de la colonie française par Pierre Belain d’Esnambuc.
- 1660-1685 : Développement économique avec la culture de la canne à sucre et mise en place du Code Noir.
- 1794 : Première abolition temporaire de l’esclavage.
- 1802 : Rétablissement de l’esclavage par Napoléon.
- 1848 : Abolition définitive de l’esclavage grâce à Victor Schoelcher.
- 1902 : Éruption de la Montagne Pelée, destruction de Saint-Pierre.
- 1946 : Départementalisation de la Martinique.
- 1982 : Création du conseil régional de Martinique.
- 2015 : Création de la Collectivité Territoriale de Martinique.
Époque précolombienne : les premiers peuples
Bien avant l’arrivée des Européens, l’île de la Martinique était habitée par des peuples amérindiens, notamment les Arawaks, les premiers habitants amérindiens. Ces derniers vivaient en harmonie avec leur environnement, pratiquant la pêche, l’agriculture et la navigation inter-îles. Vers le IXe siècle, ils furent supplantés par les Indiens Caraïbes (Kalinagos), plus belliqueux, venus probablement des côtes du Venezuela. Ces derniers baptisèrent l’île Madinina, « l’île aux fleurs », et établirent une culture marquée par le matriarcat, la chasse, et les échanges avec les autres îles d’Amérique.

Christophe Colomb et les débuts de la colonisation
Lors de son quatrième voyage, en 1502, Christophe Colomb accosta en Martinique, marquant ainsi le début des contacts entre l’Europe et l’île. Cependant, la colonisation active ne débuta qu’en 1635 avec Pierre Belain d’Esnambuc, mandaté par la Compagnie des Îles d’Amérique, avec l’appui du cardinal Richelieu. Saint-Pierre devient la première ville coloniale. Rapidement, les colons français installent une administration, introduisent le catholicisme, et commencent à exploiter les terres pour le tabac puis la canne à sucre.
La structuration coloniale et le Code Noir
Au XVIIe siècle, la Martinique devient un territoire stratégique pour la France dans les Caraïbes. Le développement de la culture de la canne à sucre entraîne une demande massive de main-d’œuvre. En 1685, Louis XIV promulgue le Code Noir, qui encadre juridiquement l’esclavage dans toutes les colonies françaises. Ce texte légitime l’exploitation des esclaves noirs venus d’Afrique, tout en imposant un cadre religieux et disciplinaire rigoureux. Ce système a durablement structuré la société martiniquaise, hiérarchisant la population selon des critères raciaux et sociaux. L’économie de plantation devient dominante, faisant de la Martinique une île florissante pour la métropole.
Esclavage, révoltes et abolition
Durant tout le XVIIIe siècle, les conditions de vie des esclaves sont inhumaines. Les punitions sont fréquentes, les familles éclatées, la culture africaine réprimée. Pourtant, la résistance ne cesse jamais : des esclaves marrons fuient dans les mornes (montagnes), des révoltes éclatent, et certains libres de couleur militent pour l’égalité. En 1794, sous la Révolution française, une première abolition de l’esclavage est proclamée, mais elle est annulée en 1802 par Napoléon Bonaparte. Il faudra attendre 1848 pour que l’abolition soit définitivement actée grâce à Victor Schoelcher. Environ 70 000 esclaves martiniquais retrouvent la liberté. La Savane des Esclaves à Trois-Îlets est aujourd’hui un lieu de mémoire emblématique de cette époque.

L’après-abolition et les mutations économiques
Après l’abolition, les anciens esclaves deviennent des travailleurs agricoles « libres » mais contraints. Les plantations survivent en embauchant des engagés indiens, créant une nouvelle stratification sociale et ethnique. La Martinique connaît aussi des transformations urbaines avec le développement de Saint-Pierre, alors considérée comme la capitale culturelle des Antilles. Le rhum, le sucre et la banane deviennent les piliers économiques de l’île. Des familles békés (descendants des colons) conservent l’essentiel du pouvoir économique, accentuant les inégalités sociales.
Éruption de la Montagne Pelée en 1902
Le 8 mai 1902, la Montagne Pelée entre en éruption, détruisant la ville de Saint-Pierre et causant la mort de près de 30 000 personnes. Seul un prisonnier, Cyparis, survit miraculeusement. Cette catastrophe bouleverse l’île : Fort-de-France devient le nouveau centre administratif, et l’économie connaît un ralentissement. L’histoire de Saint-Pierre Martinique reste un traumatisme fondateur, rappelé par de nombreux monuments et musées.
Départementalisation et affirmation politique
En 1946, la Martinique devient un département français, à l’initiative notamment d’Aimé Césaire, député-maire de Fort-de-France. Cette intégration à la République française permet un accès à la sécurité sociale, aux infrastructures et à une citoyenneté renforcée. Toutefois, elle relance les débats sur l’identité martiniquaise et la dépendance économique envers Paris. Dans les années 1980, le Conseil Régional Martinique est créé pour renforcer la gouvernance locale. En parallèle, des mouvements indépendantistes comme le Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) émergent, menés notamment par Alfred Marie-Jeanne.
La Collectivité Territoriale de Martinique (CTM)
En 2015, la Collectivité Territoriale Martinique fusionne le conseil général et le conseil régional, avec à sa tête un président du conseil exécutif. Ce nouveau statut vise à renforcer l’autonomie administrative tout en maintenant l’appartenance à la République française. La CTM gère désormais les politiques publiques locales : transport, environnement, développement économique. Alfred Marie-Jeanne, élu président conseil régional en 2015, incarne cette transition institutionnelle majeure.
Culture et identité martiniquaise
L’histoire martiniquaise racontée à travers sa culture est un mélange unique d’influences africaines, européennes, indiennes et amérindiennes. Le créole martiniquais, la musique traditionnelle (bèlè), le zouk, les contes, les danses et la cuisine créole font de l’île un centre culturel caribéen à part entière. Des auteurs comme Aimé Césaire et Édouard Glissant ont participé à la reconnaissance mondiale de cette culture. Aujourd’hui encore, la Martinique revendique hautement son patrimoine.
Défis contemporains

Aujourd’hui, la Martinique est confrontée à de multiples enjeux : vieillissement de la population, chômage des jeunes, dépendance économique à la métropole, mais aussi pollution aux pesticides (chlordecone). Des projets comme l’essor de la bioagriculture, l’éco-tourisme ou la transition énergétique sont portés par la Collectivité Territoriale Martinique. L’île cherche aussi à renforcer ses liens régionaux avec la Caraïbe, en coopération avec la Guadeloupe, Saint-Martin et les autres îles d’Amérique.
Conclusion
De Madinina à la Collectivité Territoriale, de l’esclavage aux luttes identitaires, l’histoire de la Martinique est celle d’une île résiliente, forgée par ses luttes, ses tragédies et son incroyable richesse culturelle. Comprendre l’histoire de la Martinique, c’est aussi comprendre la France, les Antilles, et les dynamiques qui unissent ces îles au reste du monde.
Sources principales
- Martinique.org
- France Culture
- INA.fr
- Culture.gouv.fr
- Archives nationales d’outre-mer
- Armand Nicolas, « Histoire de la Martinique », tome I, II et III
- Édouard Glissant, « Le Discours antillais »
- Aimé Césaire, « Discours sur le colonialisme »



